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Destin d’objets scientifiques et techniques : l’aventure du Gamma 3 (5/10 - annĂ©e 2018)


Maurice Geynet, ACONIT, en collaboration avec Cyrielle Ruffo, volontaire en service civique.

Figure d’en tĂŞte : Vue d’ensemble du Gamma 3 - Photo ACONIT

Notre aventure de valorisation patrimoniale se poursuit avec la prĂ©sentation de l’un des tout premiers reprĂ©sentants des ordinateurs, fleuron conservĂ© dans la collection de l’association ACONIT.

A la fin des annĂ©es 1940, la compagnie Bull, grande sociĂ©tĂ© industrielle dans le monde de l’informatique naissant, forma une Ă©quipe de plusieurs ingĂ©nieurs dont une minoritĂ© s’envola vers les Etats-Unis pour Ă©tudier les nouvelles innovations en matière de systèmes Ă©lectroniques. Une dĂ©cennie plus tard, Ă  la suite des diffĂ©rentes recherches menĂ©es par l’Ă©quipe scientifique, un prototype de calculateur dĂ©diĂ© aux applications de gestion, appelĂ© Gamma 2, fut prĂ©sentĂ© au SICOB (Salon des Industries et du Commerce de Bureau). Cet Ă©vĂ©nement professionnel annuel, dont la première Ă©dition s’est tenue en 1950, Ă©tait consacrĂ© Ă  la prĂ©sentation de matĂ©riel de bureautique et d’informatique. Ce n’est qu’en 1952, annĂ©e du couronnement de la reine d’Angleterre Elizabeth II, que le Gamma 3, tout premier calculateur de la compagnie Bull, version commercialisĂ©e du Gamma 2 et objet de ce cinquième article de notre saga sur les instruments scientifiques remarquables, fut conçu.

Un calculateur colossal et complexe

« Un Bull Gamma 3. Voici le premier ordinateur que j’ai vu en 1957* »

Tels sont les mots de Philippe Denoyelle, ingĂ©nieur Ă  la retraite et membre de l’association ACONIT, Ă  l’Ă©gard de cet appareil impressionnant. Son prix Ă©tait de l’ordre de 50 000 000 anciens francs, soit mille fois le salaire mensuel d’un technicien. La toute première structure Ă  se procurer un Gamma 3 fut le CrĂ©dit Lyonnais de Saint-Etienne en 1953 pour la gestion de ses comptes bancaires. D’autres entreprises, tous secteurs confondus, acquirent cet instrument. Par la suite, il fut introduit dans le monde de la recherche de par son installation Ă  l’UniversitĂ© de Grenoble en 1957, oĂą un an plus tard les premiers cours de programmation furent dispensĂ©s sur ce calculateur. AccoutumĂ©es Ă  se servir uniquement d’une tabulatrice, suffisante pour leurs applications, les opĂ©ratrices de l’UniversitĂ© dĂ©branchaient le Gamma 3 pour s’occuper de la gestion de la scolaritĂ©. Cette anecdote n’empĂŞcha pas cette machine de connaĂ®tre un succès important sur le marchĂ© rĂ©gional mais aussi national, puisqu’au total 1000 exemplaires ont Ă©tĂ© vendus.

Le Gamma 3, deuxième calculateur Ă©lectronique français, est semblable Ă  un meuble comportant plusieurs « tiroirs » et pèse plusieurs centaines de kilos. Cette large baie ne peut pas encore ĂŞtre considĂ©rĂ©e Ă  elle seule comme un ordinateur car le programme d’ exĂ©cution n’est pas enregistrĂ© dans la mĂ©moire : la programmation est condensĂ©e sur un tableau de connexion sur lequel les instructions sont placĂ©es. Le calculateur comporte plusieurs mĂ©moires (dont la capacitĂ© totale ne dĂ©passait pas celle d’une calculatrice Ă  20 francs de 1994), une alimentation Ă©lectrique, des entrĂ©es et sorties pour connecter des appareils externes, ainsi qu’un processeur arithmĂ©tique et logique. Son fonctionnement demandait l’intervention de dix techniciens.

Le Gamma 3, ses amĂ©liorations et domaines d’expertises

Le premier Gamma 3 a tout d’abord Ă©tĂ© utilisĂ© en mĂ©canographie, car son but Ă©tait de fournir un complĂ©ment de puissance de traitement aux tabulatrices et aux poinçonneuses duplicatrices PRD, utilisĂ©es pour la lecture et la perforation des cartes perforĂ©es. Le Gamma 3 effectuait des calculs permettant un meilleur traitement des informations dĂ©chiffrĂ©es. La machine maĂ®tre (par exemple la tabulatrice) et la machine esclave (le Gamma 3) Ă©taient reliĂ©es grâce Ă  un Ă©norme câble qui permettait l’interconnexion et la circulation des informations. Le calculateur, connectĂ© aux machines, assurait une rapiditĂ© de calcul dĂ©cuplĂ©e Ă  ces tabulatrices et poinçonneuses, permettant ainsi d’augmenter le nombre de tâches et d’opĂ©rations effectuĂ©es.

Pour les besoins de la recherche, le Gamma 3 a ensuite Ă©voluĂ© sous la forme du Gamma 3 E.T. Sa configuration fut dotĂ©e d’un tambour magnĂ©tique, que l’on peut considĂ©rer comme l’ancĂŞtre de nos disques durs actuels. Cette nouvelle machine polyvalente a ainsi Ă©tĂ© utilisĂ©e pour divers travaux scientifiques : calculs d’optimisation de procĂ©dĂ©s industriels nouveaux, analyses numĂ©riques, dĂ©pouillement de donnĂ©es d’expĂ©riences (comme celles des chambres Ă  Bulles au CERN) et simulation de vol (avion de chasse Jaguar pour l’ONERA – Centre de recherche aĂ©rospatiale). Le Gamma 3 a aussi servi dans la conception de jeux de logique (comme celui de MARIENBAD), comme pour les recherches effectuĂ©es au Service de Calcul de l’INPG au dĂ©but des annĂ©es 1960 par Maurice Geynet, alors programmeur du laboratoire de calcul et actuellement ingĂ©nieur Ă  la retraite et bĂ©nĂ©vole de l’association ACONIT.

Bien que le Gamma 3 E.T fut une version amĂ©liorĂ©e du Gamma originel, les ingĂ©nieurs souhaitaient crĂ©er une nouvelle machine plus performante, mieux adaptĂ©e aux besoins des utilisateurs et capable de concurrencer le 1401 d’IBM. La compagnie Bull se lança alors dans la construction du Gamma 60, nouveau calculateur censĂ© supplanter le Gamma 3, mais les entreprises concurrentes, elles aussi au courant des progrès rĂ©cents, ont travaillĂ© sur une machine beaucoup plus puissante. Dans les annĂ©es 1960, les scientifiques se sont par consĂ©quent investis dans la construction d’un nouveau calculateur appelĂ© Gamma 30 qui, avec l’arrivĂ©e des nouvelles avancĂ©es technologiques, a su rĂ©pondre aux besoins du marchĂ©. MĂŞme si ces nouveaux appareils tĂ©moignent d’une Ă©volution constante, le Gamma 3 reste le calculateur symbolisant le trait d’union entre la mĂ©canographie et l’informatique.

*Source : F.A, « Vous vous souvenez – retour vers le futur », Le DauphinĂ© LibĂ©rĂ©, 13/09/2013, p.2.

Pour aller plus loin :

Fiche inventaire ACONIT sur le Gamma III :
http://db.aconit.org/dbaconit/consulter.php?idcollection=3&db=0

Explications techniques concernant le Gamma 3 sur le site de la FĂ©dĂ©ration des Equipes Bull :
http://www.feb-patrimoine.com/projet/gamma3/gamma3.htm

Pour aller voir l’article ECHOSCIENCES, cliquez ici.

Première publication :
Mise en ligne le vendredi 26 octobre 2018

Article écrit par :
Cyrielle Ruffo



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