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CAB 500 : Une aventure d’arch√©ologie informatique


CAB 500 : Une aventure d’arch√©ologie informatique

Hans Pufal
Novembre 2010

Le CAB 500 est un ordinateur personnel con√ßu par la soci√©t√© fran√ßaise SEA vers la fin des ann√©es 50, environ 100 machines ont √©t√© produites entre 1962 et 1968. Sa caract√©ristique la plus remarquable est peut-√™tre d’impl√©menter l’un des premiers langages de programmation interactifs : le PAF (Programmation Automatique des Formules).

Architecture et mise en œuvre

Typique des machines fran√ßaises de faible co√Ľt de l’√©poque, la m√©moire principale du CAB 500 est un tambour magn√©tique d’une capacit√© initiale de 16384 mots de 32 bits, plus tard doubl√©e √† 32768 mots. Seize registres de 33 bits (il y a un bit de parit√©) dans le processeur central permettent de compenser les longs temps d’acc√®s du tambour. Ces registres sont form√©s par une m√©moire √† tores magn√©tiques. Dans la terminologie actuelle, nous dirions qu’il a 16K ou 32K mots de m√©moire principale et un processeur avec 16 registres, valeurs tout √† fait respectables compar√©es √† celles de nombreuses architectures de micro-ordinateurs modernes, comme par exemple le ARM.

Le processeur central utilise des portes logiques "SYMMAG", une logique magn√©tique d√©velopp√©e et brevet√©e par la soci√©t√© SEA, o√Ļ les transistors ne servent que pour l’amplification. Fonctionnant √† la fr√©quence de 220 kHz, le processeur central √©tait capable d’ex√©cuter une instruction registre √† registre pendant que le temps de lecture d’un mot sur le tambour. En entrela√ßant les instructions sur le tambour, le processeur pouvait ex√©cuter des instructions s√©quentielles registre √† registre pendant l’acc√®s aux l’instructions suivantes. Ainsi, le temps d’acc√®s du tambour n’√©tait un handicap que quand il √©tait n√©cessaire d’y transf√©rer des donn√©es.

Il √©tait pr√©vu que le CAB 500 puisse avoir jusqu’√† 32 instructions c√Ębl√©es dont 14 ont √©t√© effectivement mises en œuvre. En outre, 32 instructions dites "microprogramm√©es" √©taient r√©alis√©es par des sousprogrammes stock√©s sur le tambour. Ainsi, seules les instructions d’arithm√©tique enti√®re √©taient c√Ębl√©es, l’arithm√©tique virgule flottante √©tait "microprogramm√©e". Dans la m√©moire √† tores 16 mots √©taient r√©serv√©s aux microprogrammes.

L’entr√©e/sortie √©tait principalement assur√©e par un t√©l√©imprimeur Friden Flexowriter fournissant en entr√©e le clavier et le lecteur de ruban perfor√© et en sortie l’imprimante et le perforateur de ruban. Plus tard, un lecteur de ruban plus rapide (photo√©lectrique) a √©t√© ajout√© √† c√īt√© de la console de commande.

Logiciels

Le CAB 500 est p√Ęrticuli√®rement remarquable pour le langage PAF. Le d√©veloppement de ce langage a commenc√© en 1959 et sa structure est tr√®s similaire √† celle du langage BASIC con√ßu √† Dartmouth College environ 5 ans plus tard. PAF √©tait unique (√† la connaissance de l’auteur) en ce qu’il acceptait dans le m√™me programme des mots-cl√©s √©crits en quatre langues : fran√ßais, anglais, allemand et russe. Des documents commerciaux proposaient d’autres langues "√† la demande du client".

Les logiciels fournis avec le CAB 500 comprennent un √©mulateur de calculatrice de bureau √† partir du clavier de la Friden et des outils d’aide au d√©veloppement de programmes en langage machine. Un programme appel√© « Ordres Initiaux » fournissait la possibilit√© d’√©crire des programmes en langage machine semi-symbolique. Le nom et la fonction des « Ordres Initiaux » semblent provenir des « Initial Orders de la machine EDSAC con√ßue √† l’Universit√© de Cambridge, Royaume-Uni, √† la fin des ann√©es 40, et l’on sait que des ing√©nieurs de la SEA ont visit√© plusieurs fois le Computing Laboratory de l’Universit√© de Cambridge.

L’introuvable CAB 500

J’ai pris connaissance de l’existence de cette machine au d√©but des ann√©es 2000, quand j’√©tais membre actif de ACONIT o√Ļ j’ai trouv√© dans les archives les sch√©mas de la machine, un document d√©crivant la mise en œuvre de la machine et une description du langage PAF.

Dans le m√™me temps, j’ai rencontr√© Marcel Tournier, ancien ing√©nieur √† la CEA o√Ļ il avait travaill√© sur le CAB 500.

J’ai entendu parler d’un CAB 500 (peut-√™tre en √©tat de marche) expos√© √† Paris quelques dix ans plus t√īt. Personne n’a √©t√© alors en mesure de me dire ce qu’√©tait devenu cette machine.

Il y avait trois institutions en France qui pouvaient avoir information sur cette machine : le Mus√©e des Arts et M√©tiers, La Cit√© des Sciences et de la F√©d√©ration des √Čquipes Bull. J’ai eu des contacts avec chacune d’elles et √† chaque fois j’ai essay√© d’√©claircir le sort du CAB 500 expos√© √† Paris. Nul n’a ni√© son existence mais personne n’a admis √™tre en √† sa possession.

En 2004, j’ai eu l’occasion de visiter les r√©serves du Mus√©e des Arts et M√©tiers √† Paris. Lors de cette visite, j’ai appris qu’il y avait un entrep√īt secondaire non loin de l√† pour le mat√©riel informatique entre autres. C’est l√† que j’ai finalement trouv√© le CAB 500 perdu. Son tambour avait √©t√© d√©connect√© mais est entrepos√© √† proximit√©.

Ayant trouv√© la machine en assez bon √©tat, et apr√®s la r√©usite de mon projet de restauration d’un PDP-9 (voir l’article (pdf) et les photos en ligne) j’ai r√©fl√©chi √† la possibilit√© de refaire marcher le CAB 500. Marcel Tournier √©tait enthousiaste quand j’ai propos√© l’id√©e, son exp√©rience aurait √©t√© pr√©cieuse pour un tel projet. Les sch√©mas et le manuel de mise en œuvre trouv√©s dans les archives d’ACONIT fournissaient le mat√©riau de r√©f√©rence sans lequel une restauration serait impossible. Le probl√®me a √©t√© de convaincre le Mus√©e des Arts et M√©tiers de nous confier la machine. Ce dernier obstacle s’av√©rant insurmontable nous avons du renoncer √† cette id√©e.

A la recherche de logiciel

Ayant retrouv√© la machine, j’avais commenc√© une recherche de ses logiciels. L’interpr√©teur PAF avait un int√©r√™t particulier et √† chaque rencontre avec des personnes qui pouvaient avoir travaill√© sur le CAB 500 je leur ai demand√© s’ils avaient conserv√© quelque chose : rubans perfor√©s ou listings. J’ai essay√© de promouvoir la recherche en promettant d’√©crire un √©mulateur de CAB 500 sit√īt qu’il y aurait un logiciel important √† ex√©cuter.

Tout cela n’a servi √† rien, apparemment personne n’avait rien gard√© du CAB 500.

Fin Janvier 2010, j’ai re√ßu un courriel venant de Pierre-Eric Mounier-Kuhn, historien de l’informatique √† l’Universit√© Paris-Sorbonne avec qui j’avais d√©j√† travaill√© sur plusieurs projets. En collaboration avec Philippe Nieuwbourg du Mus√©e de l’Informatique √† Paris, il √©tait en train d’organiser une exposition pr√©vue pour l’automne 2010 consacr√©e √† la soci√©t√© SEA. Dans le cadre de cette exposition, il a √©t√© en contact avec un ancien ing√©nieur de la SEA qui avait sauvegard√© une collection de mat√©riel, de documents et de "bandes" provenant de la SEA et en particulier du CAB 500. Pierre et Philippe ont rendu visite √† cet ing√©nieur, M Claude Masson, vers la fin mars et sont revenus √† Paris avec la moiti√© de sa collection en laissant de nombreux documents et tous les rubans perfor√©s.

C’est mi-avril que j’ai travers√© la France d’Angoul√™me vers les environs de Belfort pour r√©cup√©rer le reste de la collection Masson, qui comprenait plusieurs centaines de pages de documentation et plus de 200 rubans perfor√©s. Une premi√®re inspection sur place a confirm√© la pr√©sence de rubans marqu√©s PAF et de nombreuses pages des listings de logiciel CAB 500.

Première publication :
Mise en ligne le mercredi 22 mai 2013

Article écrit par :
Pufal Hans



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