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Le micro-ordinateur ALCYANE, un Monument Historique* dans le patrimoine scientifique de Grenoble 2/3


Par Alain Guyot, historien du calcul et de l’informatique, en collaboration avec Xavier Hiron.

En quasiment 25 ans, on est passĂ© du transistor au micro-ordinateur. Grâce Ă  ces derniers, la taille et le prix des ordinateurs auraient Ă©tĂ© divisĂ©s par 200, comme l’affirme une publicitĂ© de 1975 jointe. Cet article retrace rapidement les Ă©tapes de cette rĂ©volution, mise en relief par l’aventure particulière de l’ALCYANE, oĂą le hasard, la chance et l’obstination ont chacun jouĂ© un rĂ´le.

* lire l’article sur les Monuments Historiques* de Catherine Gauthier et Rebecca Bilon du MusĂ©um de Grenoble.

Etape 1 : L’invention du transistor bipolaire

Trois chercheurs des laboratoires Bell dĂ©siraient contrĂ´ler le courant de la diode Ă  jonction, dans le but de remplacer les lampes Ă  vide (triodes, pentodes) dans les autocommutateurs tĂ©lĂ©phoniques. Ils ont appuyĂ© deux pointes en or, très près l’une de l’autre, sur un cristal de germanium. Ils ont observĂ© que le courant passant dans l’une des diodes ainsi crĂ©Ă©es modifiait le courant passant dans l’autre. Leur mĂ©rite a Ă©tĂ© d’expliquer mathĂ©matiquement par un système d’Ă©quations diffĂ©rentielles le phĂ©nomène d’amplification constatĂ©. Ils l’ont appelĂ© "transfert". En 1947, après 4 ans de recherche et d’expĂ©rimentations, le transistor Ă  jonction Ă©tait nĂ©. Son nom est une contraction : TRANSfert resISTOR. Comme l’un des dĂ©couvreurs, Wiliam Shockley, Ă©tait professeur Ă  l’universitĂ© de Stanford, c’est naturellement dans cette rĂ©gion que ses Ă©tudiants et thĂ©sards Ă©difieront la "Silicon Valley".

Etape 2 : L’invention du transistor MOS

La brillante dĂ©couverte du transistor Ă  jonction a alors relancĂ© la recherche sur un ancien dispositif proposĂ© dès 1920. Cette recherche, toujours aux laboratoires Bell, a conduit Ă  l’Ă©laboration en 1959 du transistor MOS (Metal Oxide Semiconductor). Bien que moins performant que le transistor Ă  jonction, le MOS, facile Ă  fabriquer, se prĂŞte Ă  une prodigieuse miniaturisation.

Etape 3 : L’invention du circuit intĂ©grĂ©

Trois innovations dĂ©terminantes ont conduit au circuit intĂ©grĂ©. D’abord, le procĂ©dĂ© dĂ©nommĂ© Planar, qui permet d’Ă©laborer simultanĂ©ment plusieurs transistors sur un mĂŞme cristal. Puis l’isolation de ces transistors pour les rendre indĂ©pendants. Et enfin, leur interconnexion, grâce Ă  une couche de mĂ©tal dĂ©posĂ©. L’oxyde de silicium (la silice), obtenu un jour accidentellement avec de la vapeur d’eau, s’est rĂ©vĂ©lĂ© incomparable pour isoler les dispositifs, ce qui fit dĂ©finitivement prĂ©fĂ©rer le silicium au germanium pour les circuits intĂ©grĂ©s.

Etape 4 : L’invention du microprocesseur

On dĂ©crit traditionnellement le fonctionnement des automates complexes par des tables. Pour rĂ©aliser ces tables, Joseph Jacquard a utilisĂ© des cartons perforĂ©s dès 1801. En 1951, Maurice Wilkes a thĂ©orisĂ© cette technique pour les ordinateurs Ă©lectroniques, sous le nom de "microprogrammation". C’est donc naturellement que Intel, fondĂ©e en 1968 dans la Silicon Valley, a utilisĂ© une mĂ©moire morte (un circuit Intel 4001) pour microprogrammer les algorithmes arithmĂ©tiques d’une calculatrice de bureau Ă©lectronique. Le circuit qui exĂ©cutait ces algorithmes arithmĂ©tiques allait devenir cĂ©lèbre : l’Intel 4004, "a microprogramable computer on a chip", en 1971. Ce circuit est maintenant très recherchĂ© par les musĂ©es.

En 1969, la compagnie texane "Computer Terminal Corporation" eut l’idĂ©e d’utiliser des Ă©crans cathodiques (dĂ©veloppĂ©s pour la tĂ©lĂ©vision) pour remplacer le papier des terminaux Ă©lectromĂ©caniques. C’Ă©tait le dĂ©but du temps partagĂ© et la demande de terminaux Ă©tait soutenue. Le succès de son terminal "datapoint" fut tel que la compagnie changea son nom. Cependant, ce terminal avait la complexitĂ© d’un petit ordinateur et Ă©tait donc microprogrammĂ©. Pour diminuer le coĂ»t (et la dissipation thermique), CTC demanda Ă  Intel d’intĂ©grer une partie des circuits. Ce fut le 8008, dĂ©veloppĂ© en 1972, qui doit certaines de ses instructions Ă  CTC. Mais le 8008 Ă©tait malheureusement trop lent et CTC l’abandonna. Intel racheta ses droits pour en faire un processeur d’usage gĂ©nĂ©ral. Si le 8008 Ă©tait acceptable pour un terminal graphique, il Ă©tait très fruste comme processeur. Aussi INTEL amĂ©liora beaucoup son jeu d’instructions pour donner le 8080 en 1974. Le 8080 fut un tel succès que les microprocesseurs suivants, jusqu’Ă  nos jours, conservèrent la compatibilitĂ© avec le 8080.

Etape 5 : Le premier micro-ordinateur de l’histoire

En 1985, le MusĂ©e des ordinateurs de Boston (fermĂ© en 1990) lança un concours pour dĂ©terminer quel Ă©tait le premier micro-ordinateur au monde. Le jury Ă©tait prĂ©sidĂ© par Stephen Wozniak, co-fondateur d’Apple. Ce concours fut une belle rĂ©ussite et les machines concurrentes appartiennent maintenant au "computer History Museum" de Mountain View, dans la Silicon valley. A cette occasion, Steve Wozniak a fait don de sa collection Ă  ce musĂ©e. Le Micral de 1973, prĂ©sentĂ© par AndrĂ© Truong, fut reconnu comme Ă©tant le premier ordinateur commercial fondĂ© sur un microprocesseur, espèce qu’on appellera ensuite micro‑ordinateur. François Gernelle et AndrĂ© Truong, respectivement ingĂ©nieurs CNAM et EFREI, avaient anticipĂ© la conception avec les spĂ©cifications prĂ©liminaires du 8080, avant mĂŞme sa disponibilitĂ© commerciale. Pour la mĂŞme raison, le 8008 d’origine fut remplacĂ© par le 8080 dès la commercialisation de ce dernier en 1974.

Etape 6 : Le premier micro-ordinateur professionnel en français

Les potentialitĂ©s du 8080 d’Intel avaient Ă©galement attirĂ© l’attention de Jean-Pierre Bouhot, rĂ©dacteur en chef du magazine L’informatique Nouvelle (devenu L’informatique professionnelle, qui existe toujours). Avec Georges Cottin, un ancien de HP (Hewlett-Packard), il crĂ©e la sociĂ©tĂ© MBC en 1975 et embauche Alain Isambert, autre ingĂ©nieur de HP.

A l’origine, MBC s’appelait MBI et avait pour slogan "MBI : l’informatique Ă  l’envers".

Mais lors d’un SICOB (ancien salon d’informatique Ă  Paris), on leur fit comprendre qu’ils devaient changer de nom. Alors le I de MBI est devenu C, pour Cottin.

Dès 1975, la société MBC commercialise un micro-ordinateur à usage professionnel baptisé ALCYANE. Face à son succès, elle se renommera MBC-ALCYANE.

Les ordinateurs Ă  transistors Ă©taient de seconde gĂ©nĂ©ration informatique, et ceux Ă  circuits intĂ©grĂ© de troisième gĂ©nĂ©ration, et regroupent essentiellement les mini-ordinateurs. Le micro-ordinateur ALCYANE, en compĂ©tition avec les mini-ordinateurs, ambitionnait d’ĂŞtre 200 fois moins cher et 200 fois plus petit (fanfaronnade publicitaire), comparĂ© aux très gros ordinateurs qui avaient cours Ă  l’Ă©poque. Par bouche-Ă -oreille et porte-Ă -porte, la sociĂ©tĂ© MBC vendra, en l’espace de six ans, un peu plus de mille ALCYANE. En 1981, la sociĂ©tĂ© MBC est rachetĂ©e par le groupe Matra, qui poursuit un temps la commercialisation de l’ALCYANE.

Le micro-ordinateur ALCYANE Ă©tait destinĂ© principalement Ă  la gestion. Mais il fut utilisĂ© dans d’autres contextes, comme le traitement de donnĂ©es scientifiques. Exemple d’utilisation : recueil des donnĂ©es de terrain et de laboratoire sur la base de la station agronomique d’Amiens, intĂ©grĂ©e Ă  l’INRA en 1946 ; Paul RĂ©gnier, prospecteur pĂ©dologue et responsable du système informatique, y a utilisĂ© l’ALCYANE entre le milieu des annĂ©es 1970 et 1985, date Ă  laquelle il dut transfĂ©rer les donnĂ©es acquises durant près de 10 ans sur un système compatible PC (tĂ©moignage recueilli par C. Mousset-DĂ©clas et Ch. Galant).

En juin 2017, un ALCYANE de l’association ACONIT a Ă©tĂ© inscrit sur la liste des monuments historiques, et est en instance de classement. C’est l’un des très rares exemplaires complets et en Ă©tat.

Etape 7 : L’invention du rĂ©seau

En 1975, le rĂ©seau Arpanet est complètement opĂ©rationnel aux Etats Unis. Il changera de nom (et de protocole) en 1983 pour devenir Internet. Dans ce contexte, un « nœud » sera n’importe quoi qui a une adresse IP (Internet Protocol). En 1975, XEROX crĂ©e Ethernet, pour connecter facilement plusieurs « nœuds » sur une mĂŞme ligne physique et crĂ©er un (petit) rĂ©seau. Ces deux mĂ©canismes (Arpanet, futur Internet, et Ethernet) sont complĂ©mentaires.

Les ingĂ©nieurs Bouhot et Cottin ont dĂ©veloppĂ© des logiciels et des cartes de communication pour connecter des « nodules » ALCYANE. Leur argument est le suivant : les unitĂ©s centrales (nodules) ALCYANE ne coĂ»tent pas trop cher (comparĂ©es aux mini-ordinateurs) ; on peut donc en connecter plusieurs entre eux pour cumuler la puissance de traitement et partager les pĂ©riphĂ©riques (disque, imprimante, etc.), et ainsi s’adapter Ă  l’Ă©volution des besoins des utilisateurs.

Aujourd’hui, l’ALCYANE de l’ACONIT cherche ALCYANE sans partenaire pour communiquer, et plus si affinitĂ©.

Pour aller vers l’article ECHOSCIENCES, cliquez ici.

Première publication :
Mise en ligne le jeudi 25 octobre 2018

Article écrit par :
Cyrielle Ruffo



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