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Du mobilier scientifique grenoblois devenu Monuments Historiques 1/3


Par Philippe Denoyelle, ingĂ©nieur Ă©lectronicien et informaticien et GĂ©rard Chouteau, vice prĂ©sident de l’ ACONIT et responsable des collections scientifiques.

Ces dernières annĂ©es, trois mobiliers scientifiques ont Ă©tĂ© classĂ©s ou inscrits au titre des Monuments Historiques (lire l’article de Catherine Gauthier et Rebecca Bilon du MusĂ©um de Grenoble), grâce Ă  l’action de l’association ACONIT. Celle-ci, qui avait dĂ©jĂ  obtenu le classement de son calculateur analogique SEA OME P2 dès 2005, vient d’instruire l’inscription, prĂ©alable Ă  leur classement, de l’ordinateur ALCYANE et du liquĂ©facteur mixte hydrogène-hĂ©lium Lacaze-Weil, ce dernier appartenant au CNRS. Un beau rĂ©sultat pour le site grenoblois.

Commençons par Ă©voquer l’OME P2 :

Un peu de technique : qu’est-ce qu’un calculateur analogique ?

Beaucoup de problèmes en physique, chimie, mĂ©canique et dans de nombreux autres domaines sont rĂ©gis par des Ă©quations mathĂ©matiques, dites Ă©quations diffĂ©rentielles linĂ©aires, dont on peut construire un analogue Ă©lectrique. Par exemple, dans le cas du mouvement d’une masse suspendue Ă  un ressort, qui est un bon modèle pour les amortisseurs de voiture, la position de la masse, sa vitesse et son accĂ©lĂ©ration sont reprĂ©sentĂ©es par des grandeurs Ă©lectriques. On peut donc simuler le comportement d’un amortisseur Ă  l’aide d’un circuit Ă©lectrique.

C’est ce que rĂ©alise le calculateur. Son module de base est un amplificateur de très grand gain, typiquement 1 000 000, prĂ©cis, constituĂ© Ă  l’origine de tubes Ă©lectroniques, triodes ou pentodes, et plus tard de transistors. On lui adjoint des Ă©lĂ©ments dits passifs, eux-mĂŞmes très prĂ©cis, tels que rĂ©sistances, condensateurs et inductances. Il est ainsi possible d’effectuer des opĂ©rations Ă©lĂ©mentaires : additions, soustractions, intĂ©grations et diffĂ©renciations, mais pas de multiplications ni de divisions, ce qui limite le nombre de problèmes Ă  traiter. Leur programmation consiste en fait en un câblage extĂ©rieur Ă  l’aide duquel on relie les diffĂ©rents modules. Un tel calculateur ne comporte Ă©videmment aucune mĂ©moire et le rĂ©sultat du calcul est visualisĂ© sur un Ă©cran d’oscilloscope ou une table traçante.

L’OME P2 comporte 40 amplificateurs. Ce sont les Ă©lĂ©ments actifs du calcul. Leur nombre dĂ©finit le nombre d’opĂ©rateurs mathĂ©matiques (somme, intĂ©gration...) que l’on peut mettre en Ă©quation sur cette machine.

Un peu d’histoire du calcul analogique

Le calcul analogique a Ă©tĂ© très utilisĂ© en France lors du redĂ©marrage industriel, après la deuxième guerre mondiale. Beaucoup de dĂ©veloppements nĂ©cessitaient des moyens de calcul importants dĂ©passant les capacitĂ©s du calcul manuel (règle Ă  calcul) ou mĂ©canique (calculatrices mĂ©caniques), dont ceux de l’industrie nuclĂ©aire, de l’aĂ©ronautique, de l’hydraulique, de la chimie, entre autres.

Dans le cas prĂ©cis de l’OME 40 (et de sa variante OME P2), deux domaines d’applications sont connus Ă  Grenoble :

• une coopĂ©ration avec le Service Technique de l’AĂ©ronautique permettra Ă  l’UniversitĂ© de Grenoble d’acquĂ©rir un calculateur analogique SEA OME en 1952. Cette machine effectuera de nombreux calculs d’aĂ©rodynamique (signalons que, quelques annĂ©es plus tard, ce sera grâce Ă  des calculateurs analogiques mis en batterie que la SNECMA rĂ©alisera les simulations de vol du futur Concorde)

• en partenariat avec l’EDF, l’OME sera utilisĂ© pour des simulations d’hydraulique (barrages, conduites forcĂ©es), dans le cadre du redĂ©ploiement d’après-guerre de la « Houille Blanche », conduisant Ă  sa forme actuelle d’hydroĂ©lectricitĂ©.

MalgrĂ© la disponibilitĂ© de calculateurs numĂ©riques dès le milieu des annĂ©es 1950, les calculateurs analogiques ont Ă©tĂ© utilisĂ©s jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1970. Le calcul analogique possĂ©dait en effet ses qualitĂ©s propres, produisant un calcul relativement rapide mais de prĂ©cision limitĂ©e. Il prĂ©sentait cependant des limites : quantitĂ© de matĂ©riel croissant avec la complexitĂ©, prĂ©cision de l’ordre de 1% (suffisante pour la conduite de process industriels), mais dĂ©croissant quand la complexitĂ© augmente. De plus, le calculateur analogique, bien adaptĂ© Ă  la modĂ©lisation de problèmes physiques, ne peut traiter tous les types de calcul (comptabilitĂ© par exemple).

La machine et son histoire

Cette machine serait le dernier exemplaire d’une lignĂ©e de calculateurs (OME 11, OME 12, OME 15, OME 40, OME 41…) produits Ă  quelques dizaines d’unitĂ©s seulement et diffusĂ©s dans les principaux centres de recherche français, Ă  partir de 1949. Au dĂ©but des annĂ©es 1950, seuls deux constructeurs français ont produit des calculateurs analogiques Ă  tubes Ă©lectroniques : la SEA et les Laboratoires Derveaux, dont il semble ne plus exister de spĂ©cimen.

Le calculateur que possède l’ACONIT a Ă©tĂ© utilisĂ© vers 1964 Ă  l’École d’IngĂ©nieurs Électroniciens de Grenoble (EIEG, devenue ENSERG, puis PHELMA en 2008). Il Ă©tait installĂ© dans le laboratoire d’automatisme du professeur Lancia. Ses anciens Ă©lèves se souviennent des travaux pratiques effectuĂ©s sur cette machine. La machine a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e ensuite Ă  Lyon, très probablement dans les locaux de l’INSA. En fin de vie, elle a Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  l’association lyonnaise de conservation du patrimoine, l’ACMIL, qui la transmettra officiellement Ă  ACONIT en 1992.

Ce calculateur SEA OME P2 a Ă©tĂ© classĂ© Ă  l’inventaire complĂ©mentaire des Monuments Historiques en 2005. L’OME P2 a pleinement sa place dans une histoire de l’informatique française, par sa conception, sa fabrication, et par ce qu’il nous rĂ©vèle du rĂ©veil de l’industrie dans l’immĂ©diat après-guerre. Mais aussi parce que cette machine fut parmi les premières machines Ă©lectroniques disponibles Ă  l’UniversitĂ© de Grenoble. Elle a permis de dĂ©velopper des activitĂ©s d’enseignement, de recherche et de services dès le milieu des annĂ©es 1950. Grâce Ă  elle, le Laboratoire de Calcul grenoblois allait se dĂ©velopper et se transformer progressivement en un grand Institut de renommĂ©e internationale, pionnier de l’informatique française des annĂ©es 1960-1970.

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Première publication :
Mise en ligne le jeudi 25 octobre 2018

Article écrit par :
Cyrielle Ruffo



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