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Catalogue informatique de Henri Boucher


« [...] Je pense que l’histoire des compagnies pionni√®res, de leurs oeuvres d√©bordantes d’imagination, et de leurs combats acharn√©s pour conqu√©rir ou garder une part de march√©, pr√©sente encore de l’int√©r√™t. C’est aussi le cas, √† mon avis, de l’histoire des langages de programmation √† travers lesquels ma g√©n√©ration a essay√© de les amadouer, car ils sont la modeste part de l’informatique qui pouvait revendiquer sinc√®rement un statut scientifique, tout le reste √©tant pure technique. On comprendra facilement, de la part d’un ing√©nieur, que ce n’est pas du tout p√©joratif.[...] »

ACONIT vous recommande de lire la préface pour comprendre dans quel esprit et dans quelles conditions ce catalogue a été composé, rédigé, puis publié.
Vous pouvez aussi consulter la biographie de Henri Boucher

Les diff√©rents volumes n’√©tant pas construits par ordre alphab√©tique des sujets, il est indispensable d’utiliser les tables des mati√®res pour chercher un sujet pr√©cis.
— Se r√©f√©rer au num√©ro de section (rubrique), plac√© √† gauche de l’index.
— Le num√©ro de page √† droite est significatif pour les voumes A, B et F, il est tr√®s impr√©cis pour les volumes C, D et E.

Dès que possible, ACONIT rétablira un index PDF pour les 773 sections (en attendant une mise au format base de données envisagé dans le cadre du futur centre de ressources numériques et virtuelles...)

Préface IGA Henri Boucher

En octobre 1953, affect√© depuis un an √† l’Etablissement de Ruelle (Charente)pour participer √† l’√©tude d’un missile antia√©rien, je suis charg√© par le responsable de l’√©tude de cr√©er, ex nihilo, un simulateur analogique universel qui devra permettre les √©tudes de guidage du missile. Comme viatique pour ce voyage dans l’inconnu, un petit sch√©ma griffonn√© sur un coin de table du principe de l’amplificateur √† courant continu, et l’adresse de l’unique industriel fran√ßais qui sache en fabriquer, la Soci√©t√© d’Electronique et d’Automatisme (SEA) √† Courbevoie, dirig√©e par Monsieur Fran√ßois-Henri Raymond.
Aucune litt√©rature n’existant sur le sujet en France, je m’abonne sur le champ √† la revue am√©ricaine la plus appropri√©e, les Proceedings of the IRE, un mensuel de poids, 300 pages d’√©lectronique de haut niveau. Ce n’est que dans le courant de 1954 que je trouve le temps de parcourir le num√©ro d’octobre 1953, Sp√©cial Computers, quoi que cela puisse vouloir dire car √† l’√©poque il n’existe rigoureusement rien en France sur ce th√®me : pas d’enseignement, pas de recherche, pas d’industrie.

Au milieu d’un jargon technique que je ne ma√ģtrise donc absolument pas, je d√©couvre au fil d’une vingtaine d’articles r√©partis sur 300 pages serr√©es que presque toutes les administrations am√©ricaines, et m√™me certains industriels, se sont lanc√©s depuis quelques ann√©es dans la construction exp√©rimentale de machines √† calculer √©lectroniques fonctionnant non pas sur le principe analogique qu’on m’a propos√© pour mon simulateur, mais sur une transposition √©lectronique des machines √† manivelle que j’ai utilis√©es pendant mes ann√©es d’√©cole pour les calculs de mon projet d’avion.
Plus je lis, plus je trouve cette id√©e s√©duisante, m√™me s’il est √©vident qu’on en est aux balbutiements. La plupart des articles parlent de technologie, chacune des machines d√©crites ayant la sienne, et il me faut plusieurs balayages attentifs des textes, des sch√©mas et des images, pour d√©couvrir l’infinie vari√©t√© des probl√®mes et des tentatives de solution, et comprendre les probl√®mes de base :

séparation des fonctions entre bloc de commande, bloc de calcul, mémoire et entrées / sorties.
repr√©sentation de l’information par des codes tr√®s divers dont chacun a ses avantages et ses inconv√©nients, savamment d√©taill√©s au fil des articles.
transposition de ces codes en signaux électroniques selon des modalités non moins diverses, niveaux statiques ou impulsions circulantes, conduisant à des architectures série, série-parallèle, ou pleinement parallèle, en fonction du compromis performance / prix.
et d√©j√† des allusions √† des probl√®mes pratiques qui peuvent faire douter de l’int√©r√™t de ces constructions fantastiques : vitesse insuffisante des techniques √† relais qui, je l’apprends dans un article Bell, ont fait leur preuve pendant la guerre, consommation d√©lirante en √©lectricit√© et en eau de refroidissement des machines plus performantes √† base de tubes √©lectroniques, 10000 √† 20000 op√©rations / seconde √† les en croire, ce qui est √©videmment impressionnant quand on compare aux machines √† main, enfin m√©diocre s√©curit√© obligeant √† faire plusieurs fois les calculs en comparant les r√©sultats.
les th√®mes de recherche foisonnent et on parle des travaux RCA sur le tube S√©lectron et sur les tores magn√©tiques, des exp√©riences des industriels sur l’emploi des bandes magn√©tiques et sur des moyens √©lectroniques de transposer une information cod√©e en caract√®res sur du papier, etc...
Par contre, on ne parle pas encore du transistor, invent√© chez Bell en 1947, mais qui n’est toujours pas sorti du laboratoire.

Parmi tous ces articles sur le mat√©riel, les articles de deux industriels que je d√©couvre, IBM et Remington Rand, se diff√©rencient en expliquant comment on se sert de leur produit :

le texte consacr√© √† l’IBM 701 explique, assez clairement pour que je comprenne malgr√© l’absence d’un quelconque cadre de pens√©e, le fonctionnement de chacune des instructions d’un court r√©pertoire d’une trentaine d’ordres, et d√©j√† je m’essaye √† construire de petits programmes pour r√©soudre des probl√®mes math√©matiques √©l√©mentaires sur cette machine abstraite, mais si s√©duisante.
le texte consacr√© √† l’Univac de Remington Rand, √† c√īt√© d’explications techniques sur les m√©moires circulantes √† base de lignes √† retard √† mercure, mentionne de passionnantes consid√©rations sur les concepts de sous-programmes ouverts ou ferm√©s, que je commence par comprendre de travers avant de d√©couvrir par moi-m√™me leur vraie signification au cours de mes exercices de programmation.

Bref : quand j’ai fini de lire, puis de relire, et finalement d’assimiler tous ces articles, j’ai re√ßu une v√©ritable r√©v√©lation, et d√©cid√© de mon avenir : il va √™tre totalement consacr√© √† cette invention extraordinaire, et cela de deux mani√®res :

√† titre personnel, tout savoir sur cette nouvelle technique, gr√Ęce √† une forte relation avec tous les constructeurs susceptibles de travailler avec nous et pour nous. A l’√©poque, seules la SEA et IBM France ont accept√© cette relation qui, des ann√©es plus tard, s’est √©tendue √† la plupart des industriels am√©ricains de la profession..
Simultan√©ment, je prenai position publiquement en cotisant √† l’ACM aux USA, et √† l’AFCALTI naissante en France.
mais aussi et surtout, diffuser en le structurant tout ce que j’apprenais. D’o√Ļ les rapports de mission enthousiastes sur mes d√©couvertes chez IBM et √† la SEA, mes cours √† Toulouse, la r√©daction de synth√®ses sur des sujets cruciaux pour la d√©fense comme le projet SAGE, la publication de mon premier livre, pour commencer, jusqu’√† ce qu’on me convoque √† Paris en 1958 pour me dire :

« Vous faites beaucoup de bruit ; dites-nous pourquoi vous croyez que les machines arithm√©tiques ont de l’avenir »

avec la cons√©quence √©vidente que, b√™tement, je n’avais pas vu venir : une mutation √† Paris en 1962, et une √©volution de carri√®re o√Ļ progressivement, la p√©dagogie et la recherche ont remplac√© le sch√©ma classique du m√©tier d’ing√©nieur.

Le PIRE de 10 / 53 a √©t√© la premi√®re pi√®ce d’une documentation qui, 47 ans plus tard, soit cinq ans apr√®s ma retraite quand mon cours √† l’ENSTA a √©t√© supprim√©, encombrait suffisamment mes placards pour m’obliger √† une d√©cision : archiver ou d√©truire.
A ce moment, la situation de cette documentation √©tait la suivante : 20 classeurs alphab√©tiques contenaient quelque 500 fiches, r√©dig√©es √† la main pour la plupart, dactylographi√©es pour les plus r√©centes, sur un imprim√© standard en forme de chemise, dont je m’√©tais dot√© avec la b√©n√©diction de mes chefs de Ruelle, et dont le stock m’avait suivi √† travers mes cinq autres affectations ; chacune de ces fiches d√©crivait soit une machine, soit une architecture de gamme, et contenait en vrac des photos et des extraits de presse, en plus d’informations descriptives et, dans les meilleurs cas, de courtes monographies de mon cru, et la liste des documents aff√©rents, avec leur localisation dans mes boites d’archives.
Des piles non tri√©es de photocopies et d’extraits de presse d√©coup√©s contenaient les mat√©riaux moins structur√©s, relatifs √† 500 autres machines, trop peu document√©es pour que je me d√©cide √† cr√©er une fiche.

Mon premier travail a consist√© √† ouvrir une Base de Donn√©es Works, Ordicat.wdb, simple outil de classement dont presque toutes les colonnes contenaient des pointeurs vers une fiche, une boite d’archive, un num√©ro de page dans un compte-rendu de congr√®s, ou une autre ligne de la BD, et je l’ai remplie progressivement en explorant, l’une apr√®s l’autre, toutes les pi√®ces de ma documentation.
√Ä l’issue de cette premi√®re phase, la documentation √©tait class√©e dans un ordre alphab√©tique √† deux niveaux, constructeur puis machine, avec malheureusement de nombreuses exceptions dues aux licenses entre indus- triels et aux situations fr√©quentes o√Ļ l’administration cliente d’un prototype avait sous-trait√© tout ou partie de la construction √† un industriel ou √† une universit√©.

Dans une deuxi√®me phase, j’ai repris toute la documentation, cr√©ant une fiche, m√™me tr√®s pauvre, d√®s lors que j’avais une photo √† y coller. Si je n’en avais pas, je r√©digeai une minisynth√®se num√©rot√©e, donc pointable par la BD, dans un nouveau document, exclusivement « texte Works », qui grandissait lentement dans mon PC de l’√©poque.
Tr√®s vite, cette proc√©dure de routine a cess√© de me plaire, et les entr√©es successives trop br√®ves dans mon catalogue m’ont paru ridicules. Avant m√™me d’avoir √©puis√© la lettre A des constructeurs, j’avais d√©cid√© de n’ouvrir une nouvelle rubrique que pour un nouveau constructeur, et d’y inscrire toute sa production, par ordre chronologique, y compris les machines qui avaient d√©j√† une fiche. D√®s ce moment, j’√©tais en train, sans trop en avoir conscience, d’√©crire une histoire des constructeurs.
Le lecteur √©ventuel constatera facilement cette √©volution dans le fichier Volume A de ce catalogue construit « au fil de la plume » pourrait on dire, avec l’avantage essentiel que le traitement de texte autorisait les retours en arri√®re sans griffonnages : les premi√®res rubriques sont de simples microfiches, et Apple est encore fragment√© par groupes de machines. Quand j’en arrive √† General Electric et Honeywell, la forme historique est d√©j√† bien en place. Avec IBM, elle est totalement d√©lib√©r√©e, et structur√©e avec attention.

C’est seulement apr√®s avoir √©puis√© ma documentation am√©ricaine, et fait une pause consacr√©e √† l’autocritique, que j’ai d√©cid√© de m’attaquer √† la documentation fran√ßaise, tr√®s diff√©rente en ce sens que je joue un r√īle dans l’histoire que je d√©cris. Le lecteur constatera facilement que la r√©daction de plusieurs des rubriques France, o√Ļ je parle du Plan Calcul, de l’IRIA, du SCTI et du CCSA, a un caract√®re quelque peu autobiographique. Je n’ai pas √† m’en excuser, car √† l’√©poque j’√©crivais pour moi seul, avec comme unique souci de transmettre aux archives une documentation assez organis√©e pour qu’on puisse la consulter facilement.

C’est donc en 2000 que j’ai pris contact avec le service des Archives de la DGA √† Chatellerault, trouvant au bout du fil un interlocuteur enthousiaste, pr√™t - √† l’entendre - √† mettre cette documentation sur Internet, dans la mesure des possibilit√©s techniques, que la r√©daction manuscrite des fiches ne facilitait pas, c’est clair. Je ne pensais pas pouvoir faire autrement, cependant, parce que certaines pi√®ces majeures, notamment les documents de maintenance IBM d√©crivant les micromachines des 370/148, 3031, S38, et la collection compl√®te des Proceedings des East et West, Spring et Fall Joint Computer Conf√©rences, avaient √©t√© achet√©es avec l’argent de l’Etat.

Souhaitant tout de m√™me faire quelque chose pour Aconit, dont le projet me plaisait, j’ai pris contact avec le responsable de l’√©poque, qui est venu √† mon domicile de Champigny prendre livraison de mon ancien calculateur PDP 11/23 avec imprimante √† aiguilles et monumentale documentation, en parfait √©tat de marche, auquel j’avais joint une pile de photocopies de fiches jug√©es essentielles (Control Data, Cray, IBM et Univac) et des disquettes de la BD et du catalogue.
Apr√®s une longue attente, j’ai √©t√© p√©niblement surpris d’apprendre, en appelant t√©l√©phoniquement ce respon- sable, qu’il n’avait pas pu lire mes disquettes, r√©dig√©es en Works 3.11. Vex√©, et √©tonn√© qu’on ne puisse trouver, dans les collections de l’Aconit, un PC comprenant ce Works, j’ai tout de m√™me proc√©d√© aux conversions √† mon premier changement d’ordinateur, et ce sont des disquettes en Works 4.5 qui ont fait, en 2001, le voyage de Chatellerault √† bord d’une camionnette venue prendre livraison de mes 200 boites d’archives. Mais l√† aussi, les ann√©es suivantes ont √©t√© silencieuses. J’ai finalement fait en 2006 le voyage de Chatellerault, o√Ļ j’ai d√©couvert que mon interlocuteur √©tait mort, et que son rempla√ßant donnait priorit√©, sur Internet, aux plans de navires qui attiraient une grosse client√®le de maquettistes.
Cela dit, mon catalogue avait √©t√© traduit en Word et plac√© sur l’Intranet de l’√©tablissement, et mon mat√©riel √©tait archiv√© dans de bonnes conditions. J’ai pu v√©rifier que, partant soit de la BD, soit du catalogue, je pouvais rapidement me faire apporter la boite d’archives ou le document pertinent pour consultation.
J’ai donn√© √† l’√©tablissement la licence gratuite de diffusion du catalogue, oeuvre personnelle, mais il parait que toutes les notices et manuels des constructeurs sont prot√©g√©s jusqu’√† 2050 par la r√©glementation, ce qui me parait abusif : la plupart des constructeurs de l’√©poque ont disparu, et les rares machines cit√©es qui survivent sont dans des mus√©es. Rien ne s’est pass√© depuis lors.

C’est donc avec surprise que j’ai appris cette ann√©e 2011, par mail de mon ancien camarade et ami Claude Kaiser (X57) devenu professeur / chercheur au Conservatoire des Arts et M√©tiers, qu’Aconit venait d’ouvrir une galerie virtuelle que j’ai aussit√īt visit√©e avec int√©r√™t.
La prise de contact avec l’actuel responsable, auteur de la galerie, l’a conduit √† juger possible et utile la diffusion de mes travaux, et je dois donc pr√©venir le lecteur :

la base de donn√©es Ordicat.wdb, parfaitement accessible aujourd’hui √† travers Excel, n’a plus aucun int√©r√™t, car les trois quarts des pointeurs qu’elle contient visent des documents inaccessibles.
les fiches sont elles aussi inaccessibles. Les plus embl√©matiques, concernant certaines architectures, machines et micromachines d’IBM, CDC, Cray et Univac, sont peut-√™tre encore disponibles √† Aconit ou dans mes archives personnelles, mais leur forme manuscrite oblige √† les traiter comme des images, bien plus difficiles √† transmettre que du texte.
peut-√™tre un tiers du catalogue concerne des constructeurs √©ph√©m√®res dont les produits n’avaient m√™me pas le m√©rite de l’originalit√©, et n’int√©ressent plus personne.

Mais je pense que l’histoire des compagnies pionni√®res, de leurs oeuvres d√©bordantes d’imagination, et de leurs combats acharn√©s pour conqu√©rir ou garder une part de march√©, pr√©sente encore de l’int√©r√™t. C’est aussi le cas, √† mon avis, de l’histoire des langages de programmation √† travers lesquels ma g√©n√©ration a essay√© de les amadouer, car ils sont la modeste part de l’informatique qui pouvait revendiquer sinc√®rement un statut scientifique, tout le reste √©tant pure technique. On comprendra facilement, de la part d’un ing√©nieur, que ce n’est pas du tout p√©joratif.

Je vous souhaite donc une bonne lecture, et demande votre indulgence pour les parties du texte qui n’ont plus d’int√©r√™t. Les tables des mati√®res devraient vous permettre de les ignorer.

Champigny, 2011-10-13

Volume A (informatique américaine) - 214 pages PDF

Volume B (suite) - 223 pages PDF

Volume C (suite) - 389 pages PDF

Volume D (suite)- 381 pages PDF

Table des matières des volumes A à D - 23 pages PDF

Volume E (Informatique non am√©ricaine : Allemagne –> France) - 333 pages PDF

Volume F (Informatique non am√©ricaine : Gr√®ce –> Taiwan, Asie, Pays de l’Est) - 133 pages PDF

Table des matières des volumes E et F - 16 pages PDF

Première publication :
Mise en ligne le dimanche 12 mai 2013

Article écrit par :
Philippe Denoyelle



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