bandeau Aconit

Accueil > Histoire > Les hommes


Pour nous Ă©crire :





© 2002-2014 - Aconit


Google

GĂ©rard Langlet


GĂ©rard Langlet

J’ai rencontrĂ© GĂ©rard Langlet Ă  la fin des annĂ©es 80 dans le cadre du groupe AFCET-APL. J’ai Ă©tĂ© immĂ©diatement subjuguĂ© par cette intelligence profonde, claire, très exigeante. Un homme de grande culture, passionnĂ© par les langages naturels, spĂ©cialiste en cristallographie, dĂ©veloppant les thĂ©ories mathĂ©matiques nĂ©cessaires Ă  ses travaux, les appliquant Ă  la chimie molĂ©culaire, la biologie et… la poĂ©sie.

Les travaux de G. Langlet sont insĂ©parables du langage APL. Ce langage a Ă©tĂ© Ă  la fois l’outil et le rĂ©vĂ©lateur des recherches de G. Langlet. On dit qu’APL est un langage qui rend intelligent. Ici on trouvait l’intelligence au carrĂ© !

G. Langlet a fait de nombreuses confĂ©rences, et Ă©crit plusieurs centaines d’articles. Il savait introduire son sujet avec humour, garder une certaine distance par rapport Ă  son sujet, rester clair, prĂ©cis et concis.

Après sa mort, bien prĂ©maturĂ©e, Madame Langlet a fait don Ă  ACONIT de nombreux matĂ©riels et documents, en particulier l’ordinateur IBM 5110 (machine APL) qui avait Ă©tĂ© un des outils prĂ©fĂ©rĂ©s de son mari ainsi qu’un très rare MCM 70.

Ph. Denoyelle – ACONIT

Lors du dĂ©cĂ©s de G. Langlet, l’association AFAPL (dont il Ă©tait un pilier) a fait paraĂ®tre plusieurs articles dans le bulletion ou sur leur site. En hommage, ACONIT se permet de republier quelques Ă©lĂ©ments :
Des extraits de lettre
La biographie qui le prĂ©sentait sur le site d’AFAPL
un document (PDF) donnant la liste des articles connus, colationĂ©s par M. J. Dumontier [ART-G-Langlet.pdf]
Éric Lescasse

GĂ©rard a dĂ©couvert APL, sa vie a changĂ© : il en devint rapidement un expert et il l’utilisa dès lors pour son travail ; il dĂ©pensa aussi une Ă©nergie considĂ©rable pour communiquer aux autres sa passion du langage. Il y rĂ©ussit effectivement et plusieurs de ses collègues chercheurs au CEA sont devenus après lui des utilisateurs d’APL.

Il avait une puissance de travail rare et considĂ©rable trouvant encore le temps de lire un très grand nombre de livres. Il s’intĂ©ressa Ă  voir comment on pouvait utiliser APL dans de nombreux domaines tels la cristallographie, la physique, la biologie, les mathĂ©matiques, la poĂ©sie etc. et il publia un nombre incalculable d’articles scientifiques et de textes de recherche[…]

Tout au long de ces articles il pouvait exposer les dĂ©couvertes scientifiques importantes qu’il avait faites dans tous ces domaines grâce Ă  un usage particulier d’APL et Ă  sa profonde comprĂ©hension de quelques primitives et opĂ©rateurs (diffĂ©rent-propagĂ©) sur les boolĂ©ens. […]

(Note Ph. Denoyelle) : Les dĂ©couvertes de G. Langlet sur « l’intĂ©grale de paritĂ© » sont appliquĂ©es dans la logique des disques sĂ©curisĂ©s RAID3
Michel Dumontier

[…] La principale chose qui crĂ©ait une relation forte entre nous Ă©tait (tout le monde a devinĂ© !) ... APL, bien sĂ»r.

Mais il n’y avait pas que cela : il y avait cette comprĂ©hension scientifique de la biologie, des mathĂ©matiques, des langages, du comportement humain, la façon de sentir les choses Ă  travers l’APL qui est très diffĂ©rente (je l’affirme fortement) de la comprĂ©hension de ce que j’appelle une personne « classique » dont l’esprit ne dispose pas des outils spĂ©ciaux, les seuls outils de la pensĂ©e, câblĂ©s dans les neurones par une longue pratique d’APL. […]
Qui est GĂ©rard Langlet ?

GĂ©rard LANGLET travaille au CEA (C.E. Saclay, 91191 - Gif sur Yvette CEDEX) ; il a la charge d’un Laboratoire d’Informatique ThĂ©orique (LIT) en relation avec la Physique et la Chimie MolĂ©culaires.

Docteur-ès-Sciences Physiques et, initialement, cristallographe thĂ©oricien, il a participĂ©, durant 7 ans Ă  l’Ă©laboration du volume consacrĂ© aux symĂ©tries dans les Int. Tables for Cristallography (1983, 1988, 1992). Actuellement, les propriĂ©tĂ©s des groupes de symĂ©trie sont essentiellement appliquĂ©es Ă  l’Ă©tude de l’Information elle-mĂŞme et Ă  l’Algorithmique, afin que l’on puisse construire des mĂ©thodes mathĂ©matiques adaptĂ©es, au plus près, aux propriĂ©tĂ©s intrinsèques de l’ordinateur, de manière hypervectorielle, et matricielle, prĂ©fĂ©rentiellement.

Depuis 1989, la plupart des algorithmes habituellement traitĂ©s numĂ©riquement, et conduisant, pour de fortes masses de donnĂ©es, Ă  des erreurs d’arrondi inĂ©vitables et parfois gĂŞnantes, ont Ă©tĂ© revus et simplifiĂ©s, notamment en utilisant de plus en plus les propriĂ©tĂ©s, fort mal connues, de l’algèbre entière modulo 2.

Cette dernière est, avec la logique binaire isomorphe, le langage intrinsèque de tous les ordinateurs, lesquels savent manipuler efficacement et sans se tromper, directement des 0 et des 1 en quantitĂ© massive, sans qu’il soit besoin pour cela de pratiquer quantitĂ©s de conversions internes logarithmiques intermĂ©diaires binaire-numĂ©rique et numĂ©rique-binaire, en rĂ©alitĂ© inutiles (mais imposĂ©es par la plupart des langages de programmation enseignĂ©s et utilisĂ©s, et par des mĂ©thodes de traitement mathĂ©matique datant, pour la plupart, d’une Ă©poque oĂą l’ordinateur Ă©tait encore inconnu.

L’Ă©tude poussĂ©e des symĂ©tries permet de simplifier drastiquement tout calcul, et, bien souvent, tout raisonnement ; encore convenait-il d’en chercher les règles, puis de tenter de mettre celles-ci en pratique.

La connaissance d’APL est une condition pratiquement sine qua non pour l’Ă©tude des propriĂ©tĂ©s des matrices - en particulier des biternions - par symĂ©trie.

La gĂ©niale thĂ©orie des quaternions - ou nombres hypercomplexes - date de plus d’un siècle ; elle fut proposĂ© par Sir William Rowan Hamilton, astronome et mathĂ©maticien irlandais (1805-1865), comme une gĂ©nĂ©ralisation des complexes vers une reprĂ©sentation de l’espace et des rotations que l’on peut y pratiquer. Un quaternion Q possède alors quatre composantes dont une rĂ©elle et trois imaginaires, sur des vecteurs-unitĂ©s tous orthogonaux entre eux dans un espace Ă  quatre dimensions. Les carrĂ©s des vecteurs-unitĂ©s imaginaires sont tous Ă©gaux Ă  -1.

Chaque quaternion Q est un vecteur de quatre composantes. Si, au lieu d’un vecteur, on considère maintenant une matrice carrĂ©e de n’importe quel rang supĂ©rieur Ă  1 (au sens mathĂ©matique, donc une matrice inversible), lorsque les composantes ne peuvent valoir que 1 ou 0, on peut dĂ©crire, avec une densitĂ© et une prĂ©cision aussi grandes que l’on veut, des sommets de polygones prĂ©sents sur une hyperspère, ou, par projection et rotation autour des pĂ´les (1 et -1), on peut se ramener Ă  une sphère ordinaire ou au simple cercle trigonomĂ©trique.

Cette nouvelle façon de considĂ©rer les nombres hypercomplexes en algèbre entière modulo 2 semble prometteuse, car elle colle au plus près avec le fonctionnement mĂŞme de nos ordinateurs lesquels n’aiment pas les sinus, ni les fonctions continues en gĂ©nĂ©ral, ni les nombres irrationnels ou transcendants qu’ils sont incapables de coder juste, du moins de la manière avec laquelle on leur a intimĂ© de les coder jusqu’ici. On verra d’ailleurs, dans un autre article, apparemment indĂ©pendant - consacrĂ© au chaos - comment l’ordinateur a pu jouer, et joue encore, vis-Ă -vis de mathĂ©maticiens ou physiciens Ă©mĂ©rites et de bonne foi, le rĂ´le d’un trompe-l’oeil catastrophique.

Il allait de soi que si notre cerveau transforme l’information grâce Ă  des entitĂ©s de rĂ©ception, de traitement et de conservation discrètes, il fallait Ă©tudier en prioritĂ© des modèles discrets pour son fonctionnement, physiquement basĂ© sur des sauts d’Ă©lectrons ou d’ions. Comme il Ă©tait invraisemblable qu’un organe intelligent dĂ©grade l’information qu’il traite comme le fait un ordinateur, il a semblĂ© logique de modĂ©liser les processus cognitifs en bits et en bits seulement.

Ce travail difficile, mais passionnant, ne fait que commencer.

(in "Les nouvelles d’APL" n°12-13 Sept-Dec 1994 p.41)

Première publication :
Mise en ligne le dimanche 12 mai 2013

Article écrit par :
Philippe Denoyelle


DANS LA MEME RUBRIQUE :


Haut de page | Accueil | Plan du site | Mentions légales | Administration ?