
« Nous voulons atteindre 3 buts :
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La Compagnie Internationale pour l'Informatique avait alors 2 ans, un personnel jeune, issu de plusieurs fusions. Les services d'études étaient installés aux Clayes sous Bois, au milieu des champs, à l'écart de l'agitation parisienne. Et cependant, le centre va vivre onze jours de grève. Onze jours de grève, mais pas onze jours d'inactivité ! À côté des "traditionnelles assemblées générales" se mettent en place de nombreuses "commissions". Travail le jour, publication la nuit. C'est l'espoir d'une nouvelle entreprise, plus solidaire, plus responsable... Ph. Denoyelle avait alors 27 ans. Il a gardé 40 ans un dossier, contenant une partie des tracts, tous les rapports des commissions ainsi que ses notes personnelles. Il nous semble utile aujourd'hui de publier ces documents qui font partie de l'histoire de la jeune informatique française. |
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Le texte ci-dessous n'est pas une « étude » sur cette grève. Le but est simplement de préciser le contexte de ces événements, par un témoin direct. |
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Je dois dire que je n'ai rien vu venir… Je travaillais aux Clayes sous Bois. Nous étions 3 ingénieurs dans le même bureau aux prises avec le développement de « P2M ». Nous habitions tous en grande banlieue. Le soir nous écoutions les événements à la radio et le jour nous étions repris par notre travail. Un jour (le 20 mai ?), tout le personnel est appelé sur le parking de l'usine. Discours, vote, grève, décision d'occuper les locaux… Honnêtement, ça ne m'enthousiasmait pas… Il y avait une étude qui m'attendait dans mon bureau... Il est utile de comprendre l'organisation des lieux : Le bâtiment principal abritant les études et la fabrication formait une longue barre, séparée du grand parking par un "no man's land" d'une vingtaine de mètres (cet espace était réservé pour le passage d'une future rue). Au centre du parking un grand bâtiment bas comprenait le restaurant d'entreprise et les services sociaux. Tout autour : des champs (à l'époque). Le comité de grève a fait fermer les grilles de clôture du bâtiment principal. Seuls y étaient admis les personnels de sécurité (et les responsables du centre de calcul, je crois) : protection de l'outil de travail ! Le personnel présent avait accès au parking et les réunions se tenaient dans le restaurant d'entreprise. |
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Qui formait ce comité de grève ? Au départ, je n'y connaissais qu'une ou deux têtes. J'ai ensuite appris à reconnaître les militants CFDT et CGT. Je ne sais pas comment l'affaire a commencé, si vite et si efficacement. Difficile aujourd'hui de croire à un mouvement spontané. Je pense que l'encadrement et les méthodes ont été assurés par des militants syndicaux expérimentés. |
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“ Après bientôt deux années d'existence, la CII cherche toujours son identité et sa voie.
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Dès le début le personnel a été invité à débattre en assemblée générale. Et nous avons commencé à refaire le monde ! Très vite se sont mises en place des « commissions » chargés d'approfondir les principaux thèmes : information, travail horaire, travail des femmes… À ce stade, il n'y avait plus que deux solutions : rentrer chez soi (ce qu'on fait de nombreux cadres) ou s'impliquer, comme l'ont fait beaucoup de jeunes ingénieurs et techniciens. Personnellement, je me suis lancé dans la commission information (on dirait plutôt « communication » aujourd'hui). J'ai participé au travail, à la rédaction du rapport, aux relectures des textes la nuit… |
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Qui animait ce travail ? Très nettement les militants CFDT : un chef de service, quelques ingénieurs et techniciens. Dans mon souvenir, honnêtement, on retrouvait les militants CGT pour les grandes déclarations et la lutte pour les salaires, mais l'action a été entièrement menée par "un courant CFDT". |
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Vous trouverez dans les tracts l'historique de la grève ( déclenchement aux Clayes sous Bois, suivent Courbevoie, Voluceau, Les Andelys, grève retardée à Louveciennes…) et l'évolution des négociations. Quelques souvenirs en vrac :
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«L'information est une nécessité autant humaine que technique pour un travail efficace. C'est un droit du travailleur, quand le travailleur est respecté. »(Compte rendu des débats - Commission information) |
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La fin de l'histoire, chacun la connait : accords de Grenelle, fin des négociations locales, essence pour partir en week-end… Et retour à nos dossiers. Il faudrait faire une analyse fine des acquits dans la vie de la CII (hors gains salariaux). Dans le domaine où je m'étais engagé, l'information, l'usure du temps a rapidement érodé les acquits. Le plus frappant est le cas de « CII Informations ». Ce bulletin a été lancé dès juin 68, pour améliorer la communication interne à l'entreprise. Dans les premiers numéros, les textes se partagent entre les annonces de la direction, une découverte de l'entreprise, et une part importante consacrée au personnel (comité d'entreprises, état-civil, histoires, jeux…). Rapidement la part consacrée aux études et aux produits croit au détriment de la part consacrée au personnel. Celle-ci est reportée dans un encart "Activités sportives et culturelles" dans les numéros 12 et 13 et disparait ensuite : le bulletin est devenu une plaquette commerciale à destination de la clientèle… (cf. fiches inventaire) Pour moi, j'y ai gagné une nouvelle compréhension des rapports humains dans l'entreprise, une nouvelle compréhension aussi de la place de l'ingénieur, cheville "ouvrière" de l'entreprise. Cela m'a conduit à relativiser (sans pour autant les refuser !) les rapports cordiaux entre direction et cadres. Bref, une expérience humaine, que je ne regrette pas et ne renie pas. Bien sur, je parle ici en mon nom propre, mais je crois que beaucoup ont vécu la même expérience. Aujourd'hui après les temps d'enthousiasme, les temps de dénigrement, les temps d'indifférence, on peut en parler à nouveau. Philippe Denoyelle |
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Par contre les notes personnelles (38 pages) de Ph. Denoyelle nécessitent un "décryptage" et quelques précautions d'emploi. Elles sont à la disposition de tout chercheur qui justifie d'un travail sur le sujet.
MàJ : PhD 20080419